« Toutes les planètes que nous croisons sont mortes », de Vincent Raynaud : la chronique « premier roman » de Barbara Cassin

L’écrivain raconte l’histoire d’un itinéraire, du classique au rock des années 1980. L’histoire de ce rock-punkiforme insoumis traversé par le socio-politique, de ­Mitterrand à ­Thatcher.

HISTOIRE DE (LA) MUSIQUE

« Toutes les planètes que nous croisons sont mortes », de Vincent Raynaud, L’Iconoclaste, 544 p., 19 €.

Vincent Raynaud ­dirige le domaine italien chez ­Gallimard. Il est ­traducteur littéraire. C’est un professionnel avec expérience et recul. Toutes les ­planètes que nous croisons sont mortes est son premier roman : c’est bouleversant, car à la fois absolument maîtrisé et absolument brut, natif.

Seize chapitres ; chacun se clôt sur quelques pages en italique, un after, un plus, un rêve, sans qu’on sache toujours qui parle : c’est du rock, du punk, du jazz, un solo. Chaque chapitre fait une seule phrase, avec majuscules et virgules sans point, une phrase-rythme, mais je n’en ai pris conscience qu’au milieu du livre. On suit, on y va, avec lenteurs et affolements.

Ce livre est un monde. Il raconte une histoire : l’itinéraire de vie d’un certain Tristan Lavarini, à nul autre pareil mais qui ressemble – à qui, c’est une autre histoire. Toutes les planètes… « est le fruit de l’imagination. Les paroles ou les actes qui y figurent et sont attribués à des personnes existantes ou ayant existé appartiennent au seul domaine de la fiction », lit-on au seuil du livre. Un ­livre qui finit pourtant dans le réel, avec discographie du héros sur sept ­pages dont quatre de « ghost tracks », de Messiaen et Stockhausen à David Bowie, of course ; et de vrais planants, sinon planètes, comme John Cale, Daniel Darc, Johnny Marr, fantômes palimpsestiques cachés dans les albums comme Homère sous Parménide. L’histoire pleine de noms pourrait valoir roman à clés à la manière de Sollers, ou plutôt de Proust pour la transcription d’un monde subtilement irréfutable.

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